Les États-Unis remettent en cause le principe de la Nation la Plus Favorisée au G20 : appel à une réforme du système commercial mondial le 1er octobre
Le 1er octobre 2026, lors de la clôture du G20 sur le commerce à Milwaukee, le représentant américain au commerce Jamieson Greer a appelé à réformer le principe de la Nation la Plus Favorisée (NPF), pilier du système commercial multilatéral depuis 1947. Cette remise en cause frontale de l'OMC et de l'égalité tarifaire automatique transforme l'incertitude réglementaire en risque stratégique pour les importateurs et exportateurs mondiaux qui doivent désormais anticiper une fragmentation accrue des règles commerciales entre partenaires.

Le représentant américain au commerce appelle le 1er octobre à réformer le principe de la Nation la Plus Favorisée
Le 1er octobre 2026, à l'issue de la réunion ministérielle du G20 sur le commerce à Milwaukee, le représentant américain au commerce Jamieson Greer a appelé à réformer le principe de la Nation la Plus Favorisée (NPF ou MFN en anglais), l'un des piliers du système commercial multilatéral depuis 1947. Cette déclaration marque la remise en cause la plus frontale du cadre juridique de l'OMC par l'administration Trump depuis son retour au pouvoir.

"Beaucoup considèrent la NPF comme la pierre angulaire du système commercial mondial. Mais même une pierre angulaire doit être examinée de temps en temps pour s'assurer qu'elle soutient toujours la structure dont nous avons besoin," a déclaré Greer devant les ministres du commerce et les délégués. Pour les importateurs et exportateurs qui naviguent entre marchés, cette intervention officielle transforme l'incertitude tarifaire actuelle en risque stratégique de long terme.
Le principe de la Nation la Plus Favorisée (NPF) oblige chaque membre de l'OMC à accorder automatiquement à tous les autres membres les mêmes conditions tarifaires et commerciales. Si un pays réduit ses droits de douane pour un partenaire, il doit les réduire pour tous.
La NPF empêche les États-Unis de répondre aux pratiques commerciales déloyales, selon Washington
"Le principe NPF, particulièrement lorsqu'il est appliqué de manière inconditionnelle, contraint la capacité des économies à répondre efficacement aux politiques distorsives et à s'adapter aux conditions changeantes du marché," a expliqué Greer.
L'argument américain est simple : comment traiter de la même manière le Royaume-Uni et la Chine, le Vietnam et l'Équateur, la Suisse et l'Afrique du Sud, alors que ces pays ont des niveaux de réciprocité, des balances commerciales et des pratiques déloyales radicalement différents ?

"Nous pensons que {le principe NPF} ne parvient pas à promouvoir la réciprocité et l'équilibre dans le système commercial. Il peut en fait créer des passagers clandestin," a déclaré Greer. Pour les entreprises européennes qui exportent vers les États-Unis, cette position officielle signale une volonté de différenciation tarifaire croissante selon l'origine, au-delà des accords de libre-échange existants.
Concrètement, si cette réforme se concrétise, les importateurs américains de machines allemandes pourraient payer des droits de douane différents de ceux sur des machines chinoises de classification identique, même en l'absence d'accord commercial spécifique. Cette différenciation existe déjà via les tarifs Section 301, Section 232 et les accords bilatéraux, mais Greer appelle à en faire la norme plutôt que l'exception.
L'OMC jugée incapable de résoudre les défis du commerce mondial par l'administration américaine
Greer a également livré une évaluation sévère de l'Organisation mondiale du commerce, déclarant que la réunion ministérielle du G20 à Milwaukee n'avait pas changé son point de vue sur la capacité de l'organisation à résoudre les problèmes majeurs auxquels est confronté le commerce mondial. Cette critique frontale intervient alors que l'OMC publiait simultanément, le 1er octobre, un rapport sur l'état des négociations commerciales multilatérales.
"L'OMC ne peut même pas amener les gens à notifier leurs subventions, à notifier leurs mesures commerciales. Il n'y a pratiquement aucune transparence. Les gens ne s'y conforment pas," a déclaré Greer. Pour les responsables supply chain et conformité douanière, cette position américaine signale une accélération probable de la fragmentation réglementaire, avec des règles différentes selon les blocs géopolitiques.
Greer a placé le débat sur la NPF dans le cadre d'une remise en question plus large des institutions et principes créés pendant des périodes antérieures de coopération économique internationale. "Nous essayons de relever les défis du 21e siècle avec une architecture conçue pour une autre époque," a-t-il déclaré. Cette approche transforme la prévisibilité tarifaire, pilier de la planification logistique internationale, en variable géopolitique.
Les États-Unis n'ont pas proposé de déclaration commune au G20, mais annoncent une discussion de long terme
Les États-Unis n'ont pas cherché à obtenir un accord formel du G20 sur le changement du principe NPF lors de la réunion de Milwaukee. "Nous n'avons pas fait circuler de projet de déclaration à ce sujet. Nous n'avons pas proposé de déclaration commune," a déclaré Greer. Cette approche progressive indique que Washington souhaite ouvrir le débat sans forcer une rupture immédiate.
"Pour nous, c'est une conversation importante à entamer, et elle se poursuivra peut-être au G20, certainement dans un autre forum," a ajouté Greer. Pour les importateurs et exportateurs, cette temporalité signifie que les règles actuelles de l'OMC restent en vigueur à court terme, mais que la pression américaine pour une réforme s'intensifiera dans les mois qui viennent.
Recommandation pratique : Les entreprises qui importent vers les États-Unis ou exportent depuis les États-Unis doivent intégrer dans leur planification stratégique 2027-2028 un scénario de fragmentation tarifaire accrue, avec des taux différenciés selon l'origine géographique et les relations bilatérales, au-delà des seuls accords de libre-échange.
Le G20 de Milwaukee adopte le "Milwaukee Framework" contre la surcapacité sidérurgique mondiale
Parallèlement au débat sur la NPF, la réunion ministérielle du G20 a produit un résultat concret : les pays participants ont convenu d'un nouveau cadre pour une action coordonnée contre l'excès de capacité de production d'acier. Greer a déclaré que le "Milwaukee Framework" rechercherait une action coordonnée plus forte contre la surcapacité.
Le cadre comprend des mesures couvrant les recours commerciaux, la surveillance des chaînes d'approvisionnement en acier et un examen plus approfondi du transbordement.
Pour les importateurs d'acier, de produits en acier et de dérivés métalliques, ce cadre signale une coordination accrue entre les principales économies pour imposer des droits antidumping, des droits compensateurs et des restrictions quantitatives contre les producteurs bénéficiant de subventions étatiques massives. La Chine, bien que présente au G20, est la cible implicite de ce mécanisme.
La NPF est l'un des quatre axes de travail sélectionnés par les États-Unis pour leur présidence commerciale du G20. Les trois autres sont l'utilisation de la nourriture comme arme, la surcapacité et la production structurelles excédentaires, et le travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. Ces quatre priorités définissent le cadre commercial américain pour 2026-2027 et guideront les futures mesures tarifaires et réglementaires.
Ce que les importateurs et exportateurs doivent anticiper dès maintenant
La remise en cause du principe NPF par les États-Unis ne changera pas les règles douanières du jour au lendemain, mais elle transforme le paysage stratégique pour toute entreprise qui opère à l'international. Voici les actions concrètes à entreprendre dès maintenant :
- Diversifier les sources d'approvisionnement : Si vous importez vers les États-Unis depuis un pays considéré comme ayant des "pratiques déloyales" (Chine, Vietnam, certains pays d'Asie du Sud-Est), identifiez dès maintenant des fournisseurs alternatifs dans des pays à relations commerciales stables avec Washington (UE, Royaume-Uni, Japon, Corée du Sud, ACEUM).
- Cartographier vos classifications tarifaires : Identifiez quels produits de votre catalogue sont déjà soumis à des tarifs différenciés (Section 301, Section 232, tarifs bilatéraux) pour anticiper l'extension de cette logique à d'autres lignes tarifaires.
- Revoir vos règles d'origine : Si vous exportez vers les États-Unis, vérifiez votre éligibilité aux accords de libre-échange existants (ACEUM, accords bilatéraux) qui offriront une protection croissante face à la fragmentation tarifaire.
- Suivre les négociations bilatérales américaines : Washington privilégie désormais les accords bilatéraux (récemment conclus avec le Royaume-Uni, l'UE, le Japon, la Corée du Sud, l'Indonésie, les Philippines). Si votre pays d'origine ou de destination négocie avec les États-Unis, anticipez les nouvelles opportunités tarifaires.
- Intégrer la géopolitique dans la planification logistique : La prévisibilité tarifaire, fondement de la planification supply chain, devient une variable géopolitique. Vos modèles de coûts 2027-2028 doivent intégrer des scénarios de hausses tarifaires ciblées selon les relations bilatérales.
La déclaration de Greer au G20 de Milwaukee marque un tournant historique : le système commercial multilatéral fondé sur l'égalité tarifaire automatique cède progressivement la place à un système fragmenté, fondé sur la réciprocité bilatérale et la différenciation géopolitique. Pour les professionnels du commerce international, cette transformation impose une vigilance accrue et une capacité d'adaptation rapide aux évolutions réglementaires.
Sources et références
- US questions Most-Favoured-Nation cornerstone of global trade - Telangana Today, 1er octobre 2026
- US Trade Representative calls for MFN reform, questions WTO - Social News XYZ, 1er octobre 2026
- Ambassador Greer to Travel to Milwaukee, Wisconsin to Host the G20 Trade Ministerial - USTR, 25 septembre 2026
- G20 trade talks open in Milwaukee; Piyush Goyal represents India - Social News XYZ, 30 septembre 2026
- Director-General cites concerns with pace of negotiations as chairs report on state of play - WTO, 1er octobre 2026